ATTENTION: Ces textes, copyright Fin De Siècle 1996, sont protégés et selon la loi du 11 mars 1957: "Toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite."
Les Affabulations Excrémentielles
Acte 1
— Où se cache le rat misanthrope ?
Quelle niche, quelle tanière pouilleuse, abrite la
masturbation spasmodique de son égocentrisme
haineux ?
Le voici, seul entre les quelques murs d'un mirage
fissuré, où l'espace s'embrume de plaies
hémorragiques.
De nauséeux vertiges épongent leurs langues
dans son âme perméable aux mouvances sismiques.
De criardes hallucinations éborgnent l'oeil unique
de sa raison. Les formes éjaculent des
atomes qui déstabilisent l'axe élastique de son
nerf perceptif.
Il entre en gestation, décongestionne insensiblement
ses membres tuméfiés, embrasés d'œdèmes
purulents.
D'un pas il approche l'abject.
Las, il presse sa pupille sur un lambeau de rue.
Sur l'avenue dégoulinent des masques effrayants.
Où se cachent les colonnes sensuelles de l'esprit,
des esprits copulant dans l'immobilisme du néant.
Rien de cela ne caresse sa rétine.
Tout juste aperçoit-il l'ombre du saint sodomite
éjaculant morve et excréments rouges,
vin du peuple,
sur la fesse cent fois léchée de Marie.
Ah, chienne lâche,
Va-tu le laisser pendre sur son morceau
de bois ?
Il traverse l'humide cellule, puis, non sans
l'appréhension vomitive que jette à la face
de l'être le défi incongru de l'abcès
à la dent, sombre âme éperdue vers les
mains fratricides rétractées.
Funambule trébuchant sur les miasmes de
la corde insoumise,
il s'insinue parmi la déambulation de masse.
Partout des menaces,
des langues pendantes pareilles à des tapis
de fiente,
des yeux exorbités scrutant l'estomac et le
sexe,
des oreilles béantes dérobant son haleine,
des nez morveux larmoyant son pâle masque.
Espionnes les tours tendent leurs cous de briques,
vomissent des blattes en glaire aux crocs boulimiques.
Et cette averse de sueur.
Et ces chiens de chair urinant leur bile sur le
pas d'impassibles bougies des rues...
Où la douceur de la prime inconscience,
les abysses affectueux des mers utérines...
Place pleine, hurlante, soûlante,
fissurant sous le pas de danse massif qui
sans vergogne oppresse la frêle fontanelle
de l'orpheline de Râ.
Valse convulsive sismique des champs métalliques.
Place déserte, abandonnée à l'haleine vaporeuse
rampant entre les cimes des
arbustes aux racines synthétiques,
sa pureté le Vent.
S'approche la file aphone,
glisse,
euphorique spectre cancéreux sur la poussière
fleurit des déambulations de crasses.
Impassible cortège.
Leurs lèvres n'amputent à leur face qu'une
pâle tristesse.
Et cette vielle femme, les cheveux enfarinés
par les caprices du temps, quel divin songe
l'anime pour que ses rides figent une telle
grâce sur son impassible grimace.
Pare-toi de son ombre,
suis le chemin de croix.
La marche dignement géométrique s'obstine
à annihiler le perpétuel superflu.
Suite de pas similaires.
Interminables foulées.
Mais des pas insonores,
et la grisante sensation d'une irrémédiable
abstraction du son, du cri, du balbutiement,
intempestif.
Cris, cris,
râles injectés jusque dans les caves des
sphères cérébrales.
Cris inoculant l'autisme échappatoire.
Des mélodies aérophagiques glissent des
bouches, assaillissent son tympan.
Place pleine, hurlante, soûlante.
L'éphémère cortège se meurt entre les murs
blêmes de la maternité.
Les murs branlants du sanctuaire natal
brillent comme la liqueur fœtale effleurant
l'organe fertile.
Un outrageux parfum d'éther saoule la
résignation du cortège qui s'abandonne
à l'observation incestueuse.
A chaque extrémité des couloirs,
des chrysanthèmes androgynes éjaculent,
des plaquettes leucémiques.
Au plafond,
des vipères emmêlées tissent des toiles
cylindriques.
Le médecin accorde sa scie.
Ultime et consciencieux acteur de l'aboutissement
dégénérescent du stupre.
La mère laisse se noyer ses fesses dans
une soupe utérine excrémentielle.
Devant les alléchantes extravagances scatologiques,
le père tente d'intérioriser
une érection stérile.
Les palpitations mammaires masturbent
l'oeil de l'infirmière homosexuelle.
Effrayé par les prémices de cette bovine
mise à bas,
un enfant boulimique s'insinue entre les
cuisses de sa génitrice, qui, consciente de
l'inopportunité profane étouffe son orgasme.
La mère secoue sa langue dans l'espace
pour éponger la moiteur de son drap.
Elle écarte et contorsionne son sexe élastique,
susurre à son aisselle engluée un
psaume aléatoire, puis, brusquement, expulse
les premiers apparats de la chair
nouvelle.
D'un forceps, l'infirmière harponne le frêle
crâne imberbe.
Le médecin, magnifique de grâce anthropophage,
brandit sa scie.
Tous observent ébahis ce corps d'enfant
conchié d'une mort sanguinolente.
Aucun souffle.
Aucune larme.
Le médecin pose son arme.
L'infirmière, surpassant la pudeur, lèche goulûment
les ultimes détritus du carrelage,
sur les parois offertes de la vulve dilatée.
L'assemblée émerge de son autisme infectieux.
Les vipères se métamorphosent en couleuvres
d'Éden,
les chrysanthèmes en pensées.
C'est un mort-né.
Viscères urbains putrides.
Symptômes anthropophages hypertrophiés.
Rentre ta langue et ton estomac...
Délire hypoglycémique sur la quantité de
glucose contenu par le foie d'une femme.
Euphorique, la file brandit son trophée cadavérique
nu vers les entrailles ouvertes
du jardin des stèles.
Une catin indigne et grasse arrache sa
cuisse pour te la vendre.
Derrière les rideaux de latex des vitrines,
pendent des charognes de loups aux crocs
sanguinolents de mouches.
Depuis les fenêtres fanent des suicides élastiques.
Les arbres se dilatent, explosent,
éclaboussent le passant d'une sève grasse.
L'averse de sueur s'évapore et mousse une
haleine pubienne ménopausée.
Les ruelles s'étouffent sous le poids des murs.
L'oxygène s'emplit de poivre et de paillettes
de cyanure.
La prostituée s'égorge et branche son pharynx
sur une bouche d'aération.
Un mendiant dilaté lacère et suce son poumon.
La foule se pigmente en agrégat de chair convulsive.
Le poète se fond dans le foutre universel.
Il se dissout entre les muqueuses morveuses
de gigantesques amas de bronches.
L'opulente glaire envahit les gorges ternes de
la vie.
Sommeil opiumique échappatoire.
L'âme offerte à la transcendante jouissance
qu'est l'abstraction du sens.
Les murs crachent la liqueur désertique
d'oasis fantasmatiques.
Le sol ébranlé par les méandres incongrus
d'un donneur de stupre masturbe l'abandon
de la chair endormie.
Partout un poète égocentrique fige sa névrose
œdipienne sur l'œsophage chaste d'une
charogne végétale.
Une haleine moite d'ébats se substitue à la
vapeur d'absinthe, annihile l'objectivité,
alors, un torrent de sperme englue les lèvres
stériles de l'immaculée conception...
Seul entre les quelques murs d'un mirage
fissuré où l'espace s'embrume de plaies
hémorragiques,
l'âme léguée à la déréliction,
dans l'attente fiévreuse de l'aveuglement orgastique.
Acte 2
Dans un tribunal intégralement bleu,
à l'heure du Jugement Dernier.
L'accusé: Monsieur le juge, dois-je annihiler
l'illusion rose qui bave sur mes yeux ?
Une tumeur d'amour s'étend purulente sur
les parois de mon âme.
L'avocat(Mimant une compassion paternelle):
La raison... La raison mon pauvre ami,
l'aphte cicatrisera au printemps de votre
mort.
L'amour est une urine bien fade qui noie
votre morale conscience. L'insecte copulant
avec la chair morte, votre douleur ne sera
plus qu'un désert de plaisir.
L'accusé: Notez, cher lecteur et cher juge
le paroxysme de la trahison, où l'on dirait
que l'avocat "s'opportunise"...
Le juge: Les avocats suent leur pulpe sur
les papilles boulimiques des justes... J'aime
à m'éprendre des avocats.
L'avocat: Je vous aime, et supplie messieurs
les jurés de consentir à notre idylle.
Le juge: Authentifions... Épousons-nous !
(Les jurés applaudissent, émus.)
L'accusé: Une tumeur jouissive où mes larmes
éjaculent la mélancolie.
Le prêtre(qui apparaît en un sourire à l'envers):
Seigneur Dieu, crucifiez le mal, châtiez
l'infâme hédoniste.
L'accusé: Elle était frêle et pure,
l'enfance innocente,
l'arrogance mature.
L'avocat: Précieuse friandise qu'humer votre
haleine édentée, opaque brume d'une bile
bénite.
Le juge: Délectation qu'écarteler son strabisme
vers tellement d'opulence.
(La femme du juge entre en un cri): Tu as
tué ma fille !
Le juge(impassible): Faites s'évaporer ce pet
malencontreux.
La femme du juge: Pervers infanticide, ignoble...
Le prêtre: Va brûler en enfer, âme damnée, venin
fantasmatique ! Que la souillure de ta putrescence
devienne le fumier géniteur du dégoût de
ta condition.
L'avocat(Beuglant): La bite de Dieu m'a mordu !
Le juge(Solennel): Je l'ai jugée, condamnée,
l'enfant insoumise.
Accusé, reprenez votre récit.
L'accusé: Elle était brillante,
lumineuses,
aveuglante.
Le juge: Monsieur l'avocat ?
L'avocat: A quoi sommes nous confrontés
sinon à l'apologie de la déraison...
(Du centre du cadavre pourrissant émerge
le sommet d'un menhir de marbre.)
Le prêtre(Transparent): Dieu est parmi nous.
Le juge: Dieu, seigneur tout puissant, apporte
l'expiation pour votre illégitime passion.
L'avocat: Je vous aime tant, vous êtes si
beau, si fort, si...
(Les Sylphides se mettent à résonner entre
les murs du tribunal. En larme, le juge et
l'avocat se prêtent une fougueuse accolade.
Les jurés applaudissent, émerveillés.)
Le juge: Accusé levez-vous.
Je vous condamne à désirer nos admirables
désirs ainsi qu'à creuser la terre avec votre
langue jusqu'à son centre.
(Un Phallus de marbre, un phallus divin,
s'élève au centre de la pourriture.)
Le prêtre: La grandeur, l'immensité de Dieu
le père
(L'organe divin enfle et rougit)
L'avocat: Je t'aime.
Le Juge: Je te veux.
Le prêtre(Salivant): Je vous aime seigneur.
L'accusé: Je l'aime.
(Les jurés applaudissent en s'aimant.)
(Une boueuse éjaculation éclabousse le
sol du tribunal. L 'avocat, le juge, le prêtre
et les jurés s'agenouillent pour lécher
l'excrément sexuel.)
L'avocat: Divine justice.
Le juge: Enivrante substance.
Le prêtre: Liqueur révélatrice.
Oh, seigneur, que s'érige votre appendice,
qu'encore il abreuve ses braves serviteurs.
(Subitement, grimaçant, suffoquant, râlant,
tous s'écroulent sur le sol.
Le sexe de Dieu disparaît.
La femme du juge se relève, enlace l'accusé
réjouit, puis, observant l'heureux carnage
soupire):
De la naïveté des mortels...
Acte 3
Veuve cristalline oubliée
Le soleil n'abandonne pas ombre
L'ébat incestueux des secondes
Etouffe l'écho de l'Imperceptible
De vieux murs androgynes s'enlacent
Maudissent la stérilité minérale
Miment en immuables sursauts
Les rites ancestraux de la fécondité
Les heures fanent en génocide
S'effacent en duel à l'aiguille
Hypnotisent l'ermite docile
La pupille attentive de la mélancolie
Où l'ambiguïté fantasmatique ?
Marelle des sens écorchés
Où l'affabulation de l'oeil ?
Berceau des laideurs impulsives
Seule l'essence sanguine du nerf
S'écrient les gifles de la subversion
Et l'inébranlable perception
S'épuise et lâche sa paupière
Gouffre dénudé de fond
L'aube délie sa laideur
L'humus du songe immortel
Combustible s'étiole
Lave incandescente sur la tuile
La silhouette de nymphe
Retourne à la pierre
Les bras du bon génie
S'immobilisent en branche
Et l'édredon se glace
Dans le silence blême
L'immobilisme de sa main
Alors qu'entre amour et dérision
Je nomme Dieu le factice
Souffle la braise apaisante
La protubérance de son sein
Allaite l'inconstante déréliction
Dieu la mamelle matrice
Insinue l'infime exubérance
Deux sur les remous de la chair
Les tremblements succincts
S'annulent
Un sous l'un l'éphémère
L'enlacement s'éteint
Se brûle
Le beau dénudé s'agenouille
S'humilie d'angles décharnés
Et d'une légitime feinte
Recouvre d'ombre ses allées
Le beau quémande l'abstinence
Se revêtit d'une prière
Le beau s'enquiert de clémence
Se targue d'affres éphémères
Le beau s'allonge dans une flamme
S'endort dans un fond de feu
Dans une braise se rend à Dieu
Du dedans de l'abcès de chair
La putrescence transcendante du ciel
Trempe ta langue dans la plaie
Commémore la souffrance belle
Dans l'anticipation du nerf
La décrépitude de la sève
Le cœur lacéré d'étreintes
Antérieures à la haine
L'anticipation de l'ongle
Par-delà la griffure
Aux frontières de la déraison
L'haleine glaciale d'un souffle
Du dehors des grilles de l'esprit:
Antonin Artaud
Sur le loin étranglé
Se consume l'éclipse
De mille soleils pervertis
Sur la nudité du songe
Se couche l'enclume de la vérité.
Jérôme Bertin
Fin De Siècle, 39E rue Camille Guérin, 87000 Limoges, France.
Association loi 1901 à but Littéraire et Culturel / Litterature and culture non-profits association
Copyright © 1996 S. LAURENT, revue le jeudi 19 septembre 1996
