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Stéphane Laurent

Je suis né le 7ème jour du mois de 7embre de la 7ème décennnie. J'aurais pu faire mieux mais j'étais pas en forme. 3 fois 7 égal 21, 2 et 1 égal 3 d'où 3 égal 3. La boucle est bouclée me dit ma numérologue à 2 sous (affriolants d'ailleurs). 7 et 3 donc (rien à voir avec ma numérologue 7 fois), deux chiffres qui comptent parce qu'uniques, en effet 7 et 3 égal 10, 1 et 0 égal 1: l'Unité, le Moi, l'1dividu, l'1divisable, le div1, le Mal1, et tous pour 1. Gascon un peu, Périgourd1 beaucoup.

Né à Sarlat, avec un peu de veine mort à Sarlat (oui, l'endroit est plaisant). Que dire de plus ? Ah, oui ! Ma numérologue est blonde. Bonne lecture.

A mes amis...

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à Francis Ponge…

LE CRAPAUD

Ce reptile amphibien brun-roux a les pattes plus courtes que la grenouille et la bourse plus plate que la cigale qu'il dévore, -il vit au crochet des diamantaires- il n'a pas de plumes. Le matin il est d'humeur vénéneuse, -c'est un crépusculaire- crapeux en Picardie, gropal en Limousin, -vers le Danemark- il se réveille lourd de laideur dans sa maladresse.

Ne vous y trompez pas, le crapaudeau est de feu, seul le crapeau est proche de la grenouille du même genre. Très tôt il est têtard, avec une longue queue, c'est -en quelque sorte- un crapoussin. Puis, au soir de sa vie aquatique, il n'a plus qu'un quart de queue, s'apprêtant à la sérénade des amours au coin du feu de sa jeunesse, feu qu'il dérobe au premier venu si la nourriture manque -promettez~moi de faire attention, vous, lecteurs-.

Il sort de l'eau comme le premier homme, s'il a des dents c'est un gras-double. Il se met à l'affût, à plat, attend le baiser qui fera non pas le crapaud duc mais prince, -c'est charmant !- c'est un amour, c'est dans l'Ordre des choses, les petites filles en raffolent comme l'eau qui le métamorphose, d'où la définition qui en découle:

BAISER DE L'AMER, BAISER DE L'AMOUR,
C'ÉTAIT FAN DU CRAPAUD MUTANT QUE
L'EAU RENDAIT LE PRINCE CHARMANT.
(Signé à l'intérieur.)

Le crapaud du marais -un peu mou sous le pied- a d'autres occupations que les deux gros yeux de sa crapaude: Vol, terre, et la mer. Il est à la mer pour pêcher et, quand il s'ennuie, se transforme en crapaud ailé, crapaud volant pour crapahuter avec les engoulevents et les pigeons qui le fuient.

On le dit idiot parce qu'il n'a rien dans la tête et Clovis l'avait cloué sur son drapeau avant que le crapaud ne préfère les danses ensorcelées, en suppôt de Satan, sa peau craquée drapée dans du velours noir.

Il vit dix-quarante ans mais passe quatorze-dix-huit ans dans des tranchées où il s'enterre à coup de mortier. Gluant et lisse, il s'enlise. Maladroit, la mort l'enjoint de viser juste sur la terre.

Terre des hommes,
hommes de l'ombre,
séducteurs de petites choses,
baisers de la mort,
humeurs de venin,
honneurs du devenir,
vols de la terre,
coups de mortier,
suppôts de Satan,
crapauds de drapeaux,
velours noir sur des tombeaux.

Et voici qu'en effet le miracle ne s'est pas produit:
Mille linges blancs sont déployés tout à coup -qui attestent non d'une victoire, mais d'une capitulation- et ne sont peut-être pas seulement le signe de la propreté des habitants de cette mare boueuse.

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Fiat Lux

Un long cri qui submerge
et résonne…
Non ne pas raisonner
surtout pas

Une longue plainte qui submerge
et pardonne…
Non ne pas donner
si, tout totalement à toi

Un long souffle qui submerge
et ronronne…
Non ne pas ronronner
pas comme chat

Un long temps qui emprisonne
Non pas de prison
Que celle de l'amour
Que celle de l'aimé…

Un long soleil qui submerge
et sonne…
Le glas, en somme,
de toi et un moi égal trois.

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Lettre à l'amant

Alors ça y est. Toi aussi. Je n'arrive pas à me le représenter. J'étais un des seuls à connaître ton homosexualité et pour causes, je suis un des seuls à connaître ta séropositivité. Pour une fois que tu étais positif en quelque chose, tu t'es démerdé pour que ce soit quand même négatif ; ta révolte te tuera, tu sais.

Toi qui te vantais d'être O négatif: "Je suis homo négatif, j'ai ça dans le sang !" disais-tu. On peut rire de tout, hein ? C'est bien ça qu'il nous reste quand on ne sait plus que dire. S'en tirer avec un bon mot: "...avec panache, une plume dans le cul et un doigt en l'air, à moins que ce ne soit l'inverse ?!" ou avec un conseil: "...face au pire, il faut sourire, il faut rire, il faut jouer !"

J'avais eu peur, c'est vrai, au début de l'Endémie mondiale, et puis le virus avait trouvé d'autres “populations à infiltrer”. Des marginaux encore. Ça arrangeait bien l'Église. Et puis le virus est devenu humaniste-mondialiste, forcément anti-clérical, hétéro-polygame en tout cas. Et puis je n'y ai plus pensé. Jusqu'à ta confession. Encore en humour, encore en gêne, encore en fuite: "...j'ai baisé un espagnol, j'ai baisé un russe, ils m'ont dit oui tous les deux, qui suis-je ?" Ce n'était pas malin, je ne t'ai pas cru, je n'ai pas voulu te croire, et pourtant, pourtant.

Toi mon éponyme, mon ami d'enfance, mon agitateur de principes, toi, tu me fais ça ? Quoi ? Qui l'accepterait sans broncher ? sans sombrer bêtement dans l'abîme des lieux communs ? J'ai revu nos parcelles de vie commune, nos premières expériences, nos découvertes, nos étonnements, les heures passées dans la cabane à faire les cochons, et puis nos déviances: Nos routes qui se séparent comme un enfant jette le bâton de sa glace. Je t'aime.

Tu vois, pour un peu, on deviendrait croyant. Nos parents ont tenté de se libérer des tabous, d'une morale, de 2.000 ans de christianisme. Ils ont nargué le Saigneur de leur humanité. C'était les années 70, c'était le "love and peace". Dix ans d'euphorie. Dix ans de répit. Et le retour du bâton ? Admettons. Mais s'Il existe, c'est vraiment un Con. Qu'est-ce que ça veut dire que cette agression aveugle ? Dieu se prend pour un terroriste ? Dieu est intégriste ? Sûrement remarque, que pourrait-Il être d'autre. Mais alors qu'Il vienne ici, on a deux mots à Lui dire. Comment justifiera-t-Il la mort des innocents ? de ceux qui ne pouvaient pas savoir, de ceux qui ne savaient pas pouvoir, et des enfants. Les enfants. J'imagine comment Il pourrait le justifier... un instant: je vais vomir.

Donc ce Dieu ne peut pas exister. C'est plutôt une bonne nouvelle. Pas de Paradis: pas d'Enfer, que de l'oubli et des vers. Et de l'oubli, oubli, serai-je assez fort pour t'accompagner ? m'en voudras-tu de ne pas pouvoir-vouloir-savoir. J'ai horreur de la détresse, c'est un miroir. Tiens bon, ils vont trouver. A défaut de dieu croyons en l'Homme, si l'on avait commencé par là seulement, par là, par l'Homme. Tant d'amis ont déjà disparu. Pendant combien d'années encore nos amis disparaîtront, et moi ? Je ne peux pas te regarder autrement que bien portant, c'est tellement sournois en dedans ; c'est peut-être mieux finalement, ça te laisse une chance de vivre apparente. L'habit ne fais pas le moine: c'est pour la calotte.

Je n'ai pas de solution à te proposer. Rien de neuf sous l'utopique. Que de l'amour et de l'espoir,

ça ne coûte pas grand-chose, mais ce doit être précieux, nous en sommes si avares.

Tu vois, déjà je n'y arrive pas, je ne sais pas réagir face à ce problème. On nous apprend à nous protéger de la maladie, à nous méfier, aussi, de l'autre, pas à nous aimer. Enfin, j'essayerais d'être là, comme je pourrais, si tu le souhaites.

J'espère que cette lettre t'arrivera à temps. Je t'embrasse. Je t'aime. A bientôt...

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Épaté !

Il se passe des choses autour de moi qui m'épatent !

Il vient de m'arriver un truc étonnant, là, à l'instant, vous ne devinerez jamais... Alors ?... hein ?... Ah, vous voyez !

Imaginez-vous que j'ai eu un bébé !... Oui ! Enfin quand je dis que j'ai eu un bébé, c'est plutôt ma femme qui l'a eu.

Il parait que je suis le père... C'est épatant non ? Oh, moi je trouve ça épatant !

Remarquez depuis quelques semaines, j'avais des doutes...

J'avais noté un certain embonpoint chez ma femme et une tendance à dévorer que je ne lui connaissais pas, mais de là à ce qu'elle soit deux !

C'est épatant non ? Il se passe des choses autour de moi qui m'épatent !

Si vous l'aviez vu hier soir ! Oh c'était beau ! C'était tendre ! Si vous l'aviez vu se tordre sur le canapé en criant "Ah, j'ai mal" et elle se tenait le ventre et elle criait et elle...

Bref, j'ai appelé le médecin... deux heures le médecin... Enfin, l'important c'est d'arriver ! Le problème c'est que le bébé a été le plus rapide sur ce coup-là...

Remarquez, c'est plutôt bon signe, il sera débrouillard plus tard... Oui, j'ai dit "il", c'est un garçon, c'est bien hein ?! Oui, je trouve aussi.

C'est épatant un être si petit et déjà les poings serrés qui frappent l'air, déjà l'esprit combatif... Comme son père...

Je l'ai pris dans mes bras, je l'ai serré contre mon coeur, là, je lui ai souris, j'ai passé ma main dans

ses cheveux encore humide et il m'a fixé, droit et sévère, et il a roté.

Ah, il se passe des choses autour de moi qui m'épatent !

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Primaire

Contexte: Mars 96 - Fusillade dans une maternelle - Formule1

Les petits pois sont écossés: 17 morts. Trêve d'humour noir, la reine d'Angleterre doit se mordre les doigts de ne pas avoir répondu à la lettre du tueur qui se plaignait d'avoir du mal à créer une association d'enfants parce qu'on le persécutait en l'accusant de pédophilie. On l'accusait de pédophilie depuis qu'il avait été viré des scouts, il y a 22ans pour conduite indécente…

Le tueur faisait beaucoup de photos, d'enfants surtout, de garçons torse nu essentiellement. Ironie, il s'appelait Hamilton, Thomas Hamilton. Il a du avoir un flash. Il a pris 4 pistolets et s'est dirigé vers l'école primaire de Dunblane. Responsable d'un club sportif, il s'est dirigé vers le gymnase et a ouvert le feu sur les 29 enfants de 4 à 6 ans, la classe des tout-petits. 16 enfants tués, 12 blessés, un seul lui a échappé par miracle, on ne connaît pas son nom, appelons le Gil.

La maîtresse, Gwen Mayor, tel un capitaine de classe, a été tuée au milieu de ses enfants, un autre adulte a été blessé, Hamilton s'est suicidé. Faites les comptes: 31 balles sur les 32 contenues dans les 4 pistolets, 1 balle n'a pas atteint sa cible: Gil.

Essayez d'imaginer ce que sera la vie de Gil désormais, comment pourra-t-il un jour remettre les pieds dans une école ? Comment pourra-t-il obtenir les diplômes pour être policier ? Comme tous les petits garçons de son âge c'est sûrement son rêve et maintenant encore plus. Maintenant que tous ses copains, peut-être même son amoureuse, ont été massacrés.

Essayez d'imaginer ce qu'ont ressentit les parents à l'annonce du drame, leur angoisse devant les grilles de l'école à la lecture des listes des enfants morts. La joie de voir son enfant galoper vers soi en pleine santé, la douleur de le voir coucher sous un drap blanc.

Dunblane, c'est la ville d'écosse où a eu lieu le massacre, n'est pas prête de s'en remettre et pourtant ce n'est pas une banlieue. En France, ça chauffe dans les écoles mais tout de même ! et si… Non c'est inimaginable. Quel homme peut se lever le matin, s'armer, tirer adroitement et donc calmement sur 29 de nos chères petites têtes blondes ? Il faut l'excentricité des britanniques pour ça. Nous avons bien eu HB et la maternelle de Neuilly mais Pasquator et Sarkosyman étaient là, pour une fois qu'ils servaient à quelque chose de juste.

Je pense à Allan et Elaine mes amis anglais et à Jenny leur petite fille de 6 ans qui aime tellement aller à l'école avec tous ses copains et qui a eu la chance de ne pas habiter à Dunblane mais quelques kilomètres plus bas, un hasard géographique, prends bien soin de toi, Jenny.

Ce monde est fou et nous le savons. Je le répète, ici, assez souvent, souvenez-vous de la Bosnie ou du SDF de Nantes. Ce monde est le nôtre. Il y a des fois où je désespère de l'homme.

Excusez-moi de ne pas vous avoir fait rire. Villeneuve a été épatant sur le circuit de Formule 1 d'Australie, Schumacher pas si mal, et Damon Hill, vous savez le britannique, il a été nul.

Lucille Degot

26/12/1974 à Limoges

Étudiante en lettres

Dédicace : à mon grand-père et toute ma famille, à Bruno, à la campagne bretonne et limousine

Admiration : Kafka, Dostoïevski, Kundera, Gogol, Hugo, Goethe, Baudelaire, les humains et les agitations de leur boite crânienne, mystère chimique, alchimique de la pensée, de la création, de l'imagination et du rêve.

Remerciements: Mercis

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Le Goéland

Contempler, immobile, du haut d'une presqu'île,

Cette mer envoûtante, l'Océan impassible,

Lentement, se confondre dans sa mélancolie,

Se perdre, s'abandonner à la sourde mélodie.

Nul trouble, nul heurt dans ses peurs irascibles ;

Nul peine, nul oubli dans ses joies anonymes ;

L'étendue est là, lisse, sombre et sans faille ;

Le souvenir se noie au large de Cornouailles.

Alors qu'autour de moi une ombre se promène,

Je cherche à l'enlacer dans une valse vaine,

Et de rêveries déchues, en attentes déçues,

Les pensées s'entremêlent dans sa danse dissolue.

"Ne vois tu pas mes gestes, cruel goéland !

Emmène-moi au loin, loin des serres du temps;

Ne pourrais tu pas, d'une caresse blanche,

Faire se mouvoir les eaux et rompre le silence

Où se perdent et s'oublient de si brèves agonies.

Ne veux tu pas sauver leurs regards blêmis

Par la clarté diffuse qui émane de l'abîme…

Je t'en prie, un instant, quitte tes hautes cimes,

Viens raviver en moi les couleurs du moment,

Porte moi au-dessus de ce monde, goéland,

Ou parts, vite, que l'horizon t'avale enfin

Me donnant le loisir de méditer ta fin !"

Déjà ton ombre ronde survole le trait noir,

Au lieu de t'engloutir, il hurle des espoirs,

Tu me laisses, prisonnière de son immensité,

Seule, face aux trésors qu'il me dit posséder…

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Écrire

Écrire, écrire, écrire…

Comme un mot qui résonne,

Une envie qui fredonne,

Un air qui déraisonne,

Qui se cramponne, qui harponne…

Écrire, encore,

Combler un temps trop long

Pour tromper le trop court…

Écrire…

Décrire

…Des flots salés n'arrivant plus à s'échouer

Sur la plage abandonnée,

Le ventre arrondi d'une mère

A l'enfant mort, car pas encore créé,

Une main, ouverte et tendue,

Juste une main sans membre

Sur ciel orageux…

…Des regards qui n'osent plus,

Des paroles suicidées,

Une quête improbable et la ville qui s'étale,

De ses mille lumières, au pied de mon immeuble…

…Un fou rire qui crie,

Un sourire qui pleure,

Plus rien n'est à sa place,

Les pieds dans les nuages,

La tête en plein magma…

…Retrouver ma “fée verte”

Nourrie de soleil noir,

Vite, vite,

Avant que le vase ne se brise,

Qu'une larme d'écume ne s'échoue,

Ne se meurt sur ma grève d'absolue…

Vite, que la goutte d'eau tombe

S'écrasant mollement dans une gerbe d'ennui

Avant d'être suivie par ses soeurs de silence…

…Et le monde s'écoule de ses multiples sources,

Mais qui connaît la sienne et qui connaît la mer

Où les flots nous entraînent ?

…Refuser ses désirs, haïr ses besoins,

Tendresse attend et blesse,

Signature à l'épée dans la chair de l'espoir,

Zébrures rouge sang sur les vitres transparentes…

Pleins et déliés sur les lignes d'un cahier…

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L'Horloge

Se noyer, dans les effluves glacés de murs décolorés.

Étouffer, dans la lumière d'un beige sali, d'or pâli et grisâtre aux ombres hésitantes.

Fuir, la moiteur fraîche de pierres qui emprisonnent…

Être assis, ne pouvoir se lever…

Tendre la main vers le mouvement circulaire aux longues secondes saccadées…

Les aiguilles filent, se croisent, une plus grande que l'autre… moins usée…

Une autre horloge se prépare, met en place ses écrous dans un bruit de ferraille, ajuste ses morceaux, ses membres éparpillés, se dresse par saccades, s'enfle… encore dérisoire menace.

Une main de géant munie d'une clef cylindrique en ouvre le cadran, fait s'accoupler l'appendice du temps en suspend au creuset de l'ineffable mouvement… Les muscles se tendent, les doigts blanchissent sous la pression… Un long rire cassé et un cri de jouissance : la clef tourne, les aiguilles frémissent…Le tic-tac s'annonce, naissant, hésitant…

Après un essai infructueux, un hoquet, les aiguillent entament leur danse monotone et tournent, tournent en tout sens, sans souci de logique.

La main se retire, sa créature vit, la copulation est finie et la clef se camoufle au creux de ses dix doigts, dans ce poing maintenant ridé et bruni, qui s'estompe, soudain, emportant avec lui les amours coupables…

L'horloge me regarde : tic-tac, tic-tac, tac-tic…

Je tends la mains, j'inhale le vent de la course illogique de ses sous-fifres, un vent âpre et chaud qui gonfle mes poumons…

Et le temps passe dans d'autres mains, il m'abandonne, enfin.

Miguel Marie-Sainte

Bulle

Goutte d'air

trace de vide

fée d'eau savonneuse

aux mille reflets

Sphère aérienne

paradis éthéré

caresse interdite

transparence et silence

Au ciel exposé

elle passe et s'efface

faiblesse dissimulée

souvenir d'enfance

Espoir captif

ou passion stérile ?

Bulle, silence intensifié

protection chimérique

Jeu intemporel

je te regarde comme

une pellicule de rêve

comme un monde funambule

Source de fascination

tu suis ton courant d'air

au gré de la fantaisie

du bambin et de l'artiste

pour t'évanouir contre les parois du ciel

tandis que tu t'envoles

transportant les couleurs

de l'arc en ciel

Je me glisse en ton sein volubile

pour fuir les regards

et tout voir à mon tour

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Descartes mourra t-il enfin ?

Une lumière resplendit sur deux visages

doux échanges, dure réalité

là où les mots restent étanches

implacables

les regards suent une magie insoutenable.

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J'accepte…

J'accepte ces créatures de culture

J'accepte de me taire

Silencieux jusqu'au suicide

Je laisse à Dieu le sort

De ces offenseurs de nuit

Au ciel sans étoiles

Aux journées sans soleil

S'ajoutent les élucubrations

Et les Haros

Les passions s'enflamment

Tandis que mon indifférence se creuse

Je n'ai plus de sommeil

J'ai brisé mes chaînes

Ils me parlent de mes fautes

Mais nous n'avons plus les mêmes repères

Mon silence reste ma liberté

Où pouvez-vous me conduire ?

Où reconnaîtrais-je vos voies ?

Vos fantômes s'entêtent

Votre science conduit à l'abîme

Laissez moi mourir car

Vous avez coupé mes racines.

Christine Dutreix

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Etrange univers

Palais de verre,

Où les corps entrelacés

Semblent enfin libérés.

Les regards glissent

La musique s'immisce.

Lumières étincelantes,

Emotions vibrantes ;

Sensation de liberté

Dans un monde recréé.

Douceur du moment

Et importance de l'instant,

Tel est le bonheur

A la fois court et éternel.

Il survit dans ton coeur

Et à jamais veille.

TEMPS MAUDIT.

Les aiguilles de la pendule tournent. Elles se battent pour savoir laquelle va gagner, laquelle fera que les secondes, les minutes, les heures passeront encore plus vite, trop vite. Onze heures onze, vingt-deux heures vingt-deux, tout s'enchaîne inlassablement. L'aurore, le jour, le crépuscule, la nuit, l'aurore, le jour, le crépuscule, la nuit, l'aurore, le jour, le crépuscule, la nuit sont dénués de sens depuis que mes rubans de petite fille se sont enroulés autour de ces aiguilles meurtrières qui tournent toujours. Elles se battent, elles veulent voir mon sang couler encore plus vite, toujours plus vite. Elles continuent à se chevaucher inlassablement comme par sadisme ; la pendule sonne. Elle sonne ainsi chaque heure inlassablement comme un glas et les aiguilles tournent, tournent et tournent encore au rythme de mon coeur. Qui s'arrêtera en premier ? Mon coeur s'arrêtera-t-il avant ces maudites aiguilles qui tournent toujours, ayant pour seul but de me détruire, de m'achever ?

Le temps passe, vite, trop vite et moi je t'attends. Mais comme d'habitude tu n'es pas venue. Je t'ai peut-être trop attendue et ma déception au fil du temps qui passe inlassablement continue d'augmenter. Les aiguilles de la pendule tournent.

Sandra Lartigue

La chute est lente et infinie,

Vertige immense, dans la nuit,

noire comme l'Erèbe, voire comme l'Erèbre…

Les mains glissent sur la paroi,

les yeux, les cris s'élèvent en vain.

Ils ne sont plus, ils ne sont rien.

Le pantin désarticulé,

le geste, le regard horrifié

glisse vers l'Inconnue:

posera-t-elle son manteau sombre,

qui cache les débris d'une vie,

la sienne, la leur, la nôtre aussi ?

Il sent toujours, a-t-il jamais autant senti ?

Ce gouffre qui l'entraîne l'effraie

quand il voit ses membres dispersés, perdus, envolés ;

c'est la vision terrible de ce temps,

quand les ficelles étaient nombreuses,

quand elles n'existaient qu'en fable ;

jusqu'à ce jour où la dernière fut tirée,

où la réserve fut épuisée, où tout a semblé s'arrêter.

Le froid l'étourdit, il est tout seul à voir

ce saut dans le vide du haut de sa vie.

Mais il est seul, pas même une ombre dans ce noir opaque,

sinon la sienne apparue depuis peu.

Cela ressemble aux voyages où les paysages défilaient,

à la nuance près qu'il n'y a pas de paysage,

seulement un bruit lointain,

les remous du Léthé sans doute.

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Ne pars pas !

N'emmène pas ce petit bout de moi

que je retrouve en toi.

Toi, c'est le monde, c'est le bleu, c'est l'éclair.

L'éclair, hélas,

celui qu'on voit à l'arrachée,

celui qui prend, qui ne rend pas.

Sans lui, ce jardin n'est plus qu'orties et ronces.

C'est vrai qu'on s'habitue aux épines finalement,

mais l'air est dur à respirer.

Ne m'enlève pas ce souffle frais,

plein de souvenirs et d'avenir.

Ici c'est à pleurer…

Tu m'ôtes ce flambeau qui me guidait.

J'en perçois encore la lueur, au loin.

Cette lueur qui fait vivre,

qui brille jusqu'au dernier soupir,

continue à en faire une étincelle

à tout instant renouvelée.

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LE CHAT

Quand de sa patte féline le chat parcourt son poil,

passant sa langue rose sur le dos de ses griffes

dans un ordre impérieux, respecté avec soin,

il fait alors sa toilette et se pâme

goûtant avec délice ce plaisir d'un instant.

Sa grâce est majestueuse, impose le silence

sa prunelle noire fixée sur le mouvement traînant.

Moment privilégié qu'il ne consacre qu'à lui.

Il transforme son corps en robe lisse et humide.

Lorsqu'il a terminé il retrouve ce charme

qui envoûte, intimide, et secrètement dévoile

comme si le chat voyait tout le fond de notre âme.


Fin De Siècle, 39E rue Camille Guérin, 87000 Limoges, France.
Association loi 1901 à but Littéraire et Culturel / Litterature and culture non-profits association Image Map Sorry for texte browser !
Copyright © 1996 S. LAURENT, revue le jeudi 19 septembre 1996